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« La maison brûle »

Laurent Kahn

Cet été encore, la maison brûle.

Nous avons tous et toutes vu ces images terribles. Des forêts ravagées, des villages menacés ou détruits, des femmes et des hommes contraints de fuir, parfois de tout abandonner. Derrière ces images, il y a des vies, des territoires, du vivant qui disparaît.


Et ces images ne nous laissent pas indemnes. Les différentes enquêtes européennes* montrent combien les préoccupations climatiques et environnementales sont désormais installées dans nos sociétés. Les mégafeux de cet été viennent rendre cette inquiétude terriblement concrète.

Au-delà des chiffres, c’est sans doute un sentiment que beaucoup d’entre nous partagent : quelque chose est en train de changer, et nous le ressentons.

Difficile, dès lors, de considérer tout cela comme une simple parenthèse, non ? Nous savons que ces événements risquent fort de se multiplier. Que l’incertitude, les bouleversements climatiques, sociaux, économiques et géopolitiques feront probablement davantage partie de nos vies.

Alors, dans cette fournaise, une question me traverse : comment garder le cap ? Comment préserver une forme d’espérance, de stabilité, et surtout notre capacité à agir ?

« En temps de crise, il vaut mieux s’entendre avec ses voisins qu’avec ses propres idées. »

Pablo Servigne

Cette phrase, entendue lors de ses conférences chez nos amis de Emergences et Terre & Conscience, résonne particulièrement aujourd’hui. Parce qu’en période d’incertitude, de tensions et de bouleversements, la réponse ne se trouve peut-être pas seulement dans notre capacité à comprendre le monde, mais aussi dans notre capacité à nous relier aux autres.

Cela demande probablement davantage de conscience et de lucidité. Accepter ce qui ne peut être changé, sans pour autant se résigner. Identifier ce sur quoi nous pouvons encore agir. Faire des choix. S’engager. Et peut-être, surtout, apprendre à faire davantage ensemble et même à Être davantage ensemble.


C’est là que « l’esprit du coaching » , et plus largement ce que nous appelons chez GEN7 l’attitude coach, peut apporter sa (petite) part.

Pas un coaching réduit à la performance, aux objectifs ou à quelques techniques de questionnement. Mais une manière d’être en relation qui cherche à développer l’autonomie plutôt que la dépendance, la responsabilité plutôt que l’impuissance, le respect plutôt que la domination, la coopération plutôt que le chacun pour soi.

Mieux se connaître. Mieux comprendre l’autre. Écouter vraiment. Accepter nos différences. Tisser des liens de coopération, d’entraide et de confiance.

Car accompagner, ce n’est pas seulement écouter. C’est aussi se relier.

Pablo Servigne développe justement cette idée dans Le Réseau des tempêtes : face aux crises, la qualité et la diversité des liens que nous sommes capables de tisser deviennent une véritable ressource. Une forme de robustesse humaine.

Et puis il y a cette incroyable leçon du vivant.

Il existe un petit insecte au comportement fascinant : le coléoptère pyrophile, parfois appelé scarabée de feu. Là où la plupart des êtres vivants fuient l’incendie, lui s’en approche. Melanophila acuminata possède notamment des organes sensoriels spécialisés capables de détecter le rayonnement infrarouge associé aux incendies. Il recherche les zones récemment brûlées pour s’y reproduire. Et c’est précisément là, dans ce bois que l’on pourrait croire définitivement mort, qu’une nouvelle génération peut se développer.

Quelle formidable métaphore !

Le scarabée de feu ne nie pas l’incendie. Il ne cherche pas davantage à revenir au monde d’avant. Il trouve, au cœur même de ce qui a été bouleversé, les conditions pour que la vie continue…Peut-être aurions-nous quelque chose à apprendre de lui ?

Face aux transformations qui nous attendent, notre défi ne sera sans doute pas seulement de résister, ni même de « rebondir » pour revenir à notre état initial. Il sera aussi d’apprendre à regarder autrement ce qui nous arrive, à mobiliser de nouvelles ressources et à faire émerger, parfois au milieu des cendres, de nouvelles manières de vivre, de coopérer et d’agir.

Chez GEN7, nous ne prétendons évidemment pas éteindre les incendies du monde, mais nous croyons que nous pouvons, à notre échelle, contribuer à former et à relier des femmes et des hommes capables de rester lucides, profondément humains et vivants au cœur des transformations. Faire notre part, en quelque sorte.

Et cette rentrée sera particulièrement vivante chez GEN7. Plusieurs très belles nouveautés sont déjà à découvrir dans cette newsletter : de nouveaux programmes, de nouvelles rencontres, de nouvelles manières d’apprendre et d’accompagner.

Et ce n’est qu’un début : quelques surprises arrivent encore…

D’ici là, je vous souhaite une très belle fin d’été.

Prenons soin de nous, des autres et du vivant.

« Le feu a tout détruit, mais le printemps revient,

L’herbe folle reverdit sur les cendres.

Rien ne peut éteindre le souffle de la vie. »

François Cheng

Laurent


* plus de deux tiers de la population expriment de l'inquiétude face à la dégradation de l'environnement, un sentiment exacerbé par les mégafeux estivaux. Les sondages de l'Eurobaromètre et de la Banque européenne d'investissement (BEI) confirment cette tendance, soulignant l'impact direct du dérèglement climatique sur la perception des citoyens. (Source : Le Soir)

 * source et lecture hautement recommandée : Pablo Servigne, chercheur et auteur engagé sur les grands bouleversements de notre époque, explore notamment comment apprivoiser nos peurs dans Le Pouvoir du Suricate et comment faire de nos liens une force dans Le Réseau des tempêtes